Pendant toute ma grossesse, j'ai entendu un paquet de banalités, de préjugés et blablas de vieilles dames. Je ne compte plus les :
- "Ah, mais tu le portes haut, ce sera un garçon (ou une fille en fonction des régions)" ;
- "Mais tu es grosse, tu es sûre qu'il n'y en a pas deux (à cinq mois de grossesse, parce qu'après on aurait dit que j'avais juste avalé un ballon de baudruche" ;
- "Tu verras, si c'est une fille elle te ressemblera comme deux gouttes d'eau et si c'est un garçon ça sera Mari Adoré tout craché (c'est bien, les gens ont exclu d'entrée de jeu l'hypothèse du facteur)" ;
Le déballage du paquet cadeau ayant eu lieu, la Terre entière (rien que ça) fit la connaissance de Jolie Bichette. A ce moment là, je me suis dit que les platitudes allaient cesser. Mais non ! Je ne sais plus qui, la première (c'est un truc de bonne femme) m'a asséné le coup de grâce, la petite phrase qui tue, le coup de poignard dans le dos : "Oh, c'est une fille ! (Ouais, bravo, elle est habillée tout en rose !), alors là, ma pauvre, tu n'as vraiment pas de chance, cette enfant n'en aura que pour son papa et en plus ça dure toute la vie."
Combien de fois ai-je entendu ça ? Pas uné, pas dix mais, à mon avis une bonne centaine ! Aujourd'hui, c'est clair, je pense qu'elles m'ont maraboutée ces mémères !
Jusqu'à il y a peu de temps, pour Jolie Bichette, Papa et Maman c'était équivalent. Certes, celui avec qui elle prend le bain c'est Papa, mais celle avec qui on use les roues de la poussette ou les semelles des chaussures c'est Maman. Interchangeables, nous étions.
Mais depuis peu, il y a eu un déclic. Le "Je suis la fifille dorée de mon Papa" s'est allumé dans son petit crâne. Et depuis, Jolie Bichette s'est lancée dans une grande opération séduction :
- les sourires ? Bon j'en fais deux ou trois à ma mère quand elle me tend amoureusement un boudoir, mais alors quand je vois Papa, là, je ne m'en remets pas. Je lui montre mes deux dents et toute la bave qui se trouve dans mon bec de moineau ;
- les câlins ? Non mais tu crois vraiment que je n'ai que ça à faire Maman ? Là, tu vois je suis trop occupée à essayer de grimper sur le canapé, à vider les placards, à épiler les oreilles du chien (rayez la mention inutile). Papa apparaît dans le paysage ? Alors là, je cesse toute activité en cours, je me propulse aussi vite que mes quatre pattes me le permettent et je lui tends les bras. Chouette, il me prend et je lui colle mon nez dans le cou ;
- les bisous ? Alors là minute, je sais à peine les faire. Ok, c'est ma génitrice qui m'a appris à faire ce bruit bizarre avec la bouche en collant ma trombine sur la joue de quelqu'un. Le truc, c'est qu'elle ne comprend pas, ma mère, que je préfère les joues qui piquent.
Cette fois, c'est clair, cette petite pintade n'a d'yeux que pour son père ! Mais qu'il en profite maintenant, car lorsqu'elle utilisera ses stratagèmes à l'âge de l'adolescence, ce ne sera plus pour la beauté du geste, mais pour la beauté du jean's (ou du portable, ou des chaussures, ou du sac, ou....).
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Ah, ah ! Vengeance ! |
Ce qui est étrange dans cette histoire, c'est que moi aussi je suis une fille (jusqu'à preuve du contraire) et que moi aussi j'ai un papa. Un papa que j'aime beaucoup mais qui (aux dires de toute la famille) n'a jamais été l'objet de toutes mes passions. Non, moi je ne voyais que par Môman (allez-y vous pouvez attaquer mon analyse et ma psychothérapie, c'est parti !).
C'est donc clair, Jolie Bichette, je rêve d'être ton père !
Jalouse, moi, non... Dites les filles, comment on fabrique les garçons ?
Voila ma participation (un peu déformée je l'avoue et surtout très en retard) au "Etre de mère" de Babidji.